Humeurs

Avant, je pensais que j’étais belle

J’ai grandi dans un cocon feutré empli d’amour et de bienveillance. J’étais la petite dernière de la famille, chouchoutée et adulée avant que ma petite sœur ne mette brutalement fin à mon règne. J’ai été habituée à être constamment encouragée et complimentée par mes parents. Cela dit, étant donné qu’ils  m’ont conçue, ils n’ont d’autres choix que d’apprécier leur œuvre. Ils m’ont toujours dit (en toute objectivité bien sûr) que j’étais «belle» et que j’avais « de grandes jambes fines de mannequins» qui ont visiblement disparues. Je me suis longtemps leurrée dans le microcosme idyllique que mes géniteurs avaient bâti autour de ma petite personne jusqu’à ce que j’entre dans le monde impitoyable de l’adolescence et que je commence à avoir une vie sociale très active. Durant cette fameuse période où l’on connait nos premiers émois, au collège notamment, j’attendais souvent sur le banc de touche; les beaux garçons  cools et populaires ne m’accordaient pas grand intérêt. Ils préféraient toujours mes copines « bien gaulées » et /ou blondes. De plus, je ne ressemblais en rien aux filles  qui arrivaient toujours en tête de la fameuse «liste des plus belles de la classe », probablement le classement le plus excluant et le plus humiliant pour les parias  qui n’y figuraient pas. Par contre il m’arrivait de trôner en tête de la liste des « plus sympas de la classe » et d’être par conséquent gratifiée de la clé qui ouvre grandement les portes de la Friendzone *, un gouffre sans fond. Petit à petit, le regard critique des autres a détruit ma perception innocente et candide de la beauté qui selon moi, résidait en toutes les personnes où les choses qu’on aimait beaucoup tout simplement. C’est en proie à cette désillusion que j’ai réellement commencé à me poser des questions sur mon image …

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Moi, quand j’étais élue la fille la plus sympa de la classe…

Toujours est-il qu’un jour, en troisième, j’ai passé la redoutable épreuve de la photo de classe et du  portrait individuelle. Je n’ai absolument eu aucun pouvoir sur la gestion de mon image. Un photographe quinquagénaire suivait à la lettre les instructions de la directrice rétrograde de l’école. Tout était kitch au possible, de l’arrière plan bleu cyan, à la posture ringarde que nous étions dans l’obligation d’adopter. Ma vie a pris un tournant radical, quelques semaines plus tard, à l’instant où j’ai reçu  l’enveloppe contenant le verdict de la séance photo. Je suis restée coite à la vue des clichés qu’elle contenait. Le Reflexe  ultra-performant du photographe avait capturé les moindres défauts de mon visage ingrat d’adolescente pubère. Sur l’image, mes joues arboraient des comédons pointus. Mon grand front, fort luisant, prenait une place disproportionnée sur la photo; j’affichais un rictus jaunâtre accentué par l’arrière plan à nuages blancs, sans parler de l’affreuse veste en jean délavé  à manches courtes dont je m’étais affublée pour l’occasion… La vérité venait de me sauter aux yeux: je n’étais pas si belle que ça finalement. J’ai montré mon portrait à mes parents qui en étaient littéralement FAN (parfois j’ai l’impression qu’ils se foutent un peu de ma gueule) puis ma petite vie ponctuée de péripéties juvéniles a repris son court sans que je n’accorde plus d’attention à cette prise de conscience soudaine.

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Ce nouveau rapport à mon image s’est affirmé progressivement jusqu’à ce que je sois capable de me définir avec plus de recul et de lucidité. J’ai toujours été différente des autres ce qui m’a valu bon nombre de moqueries et de bassesses en tout genre. À l’adolescence, certaines d’entres elles m’ont parfois affectées sur le moment mais j’ai toujours réussi à rebondir jusqu’à devenir totalement impassible face aux critiques non constructives et mesquines. J’ai, par la suite, développé mon sens de l’autodérision qui a nettement accentué ma confiance en moi ; d’ailleurs les gens qui se prennent trop aux sérieux et qui s’auto-congratulent constamment m’ont toujours mis un peu mal à l’aise…  Je n’ai jamais vraiment   pensé à m’insérer dans un moule; c’est simple, plus ma différence avec les autres était prononcée, plus cela m’encourageait à la marquer davantage. Il est vrai qu’à l’époque où nous vivons, tout semble inéluctablement lié à l’image. On nous fait croire que tout le monde est obligé d’être « beau /belle » pour gagner la considération des autres. Dans le monde fictif des réseaux sociaux, cette exigence  est d’autant plus tangible. Elle est terrible pour les plus jeunes qui se construisent et pour les personnes manquant cruellement de confiance en elles qui s’évaluent par rapport à des critères  exigeants qu’impose et cautionne notre société. Pour échapper à cette pression, il faut S’AS-SU-MER. En ce qui me concerne, force est de constater que je suis clairement à des années lumière des canons de beautés contemporains aux traits fins et harmonieux omniprésents dans notre quotidien; Pour être honnête, mon faciès ressemble un peu à un tableau cubiste des belles années de Picasso avec mon front qui occupent la majeure partie de la toile mais  je m’en brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence car pour émailler le tout, j’ai des alliés de poids sur lesquels je peux compter: le maquillage, la mode et ma personnalité.

Tout d’abord, le maquillage n’est pas un sésame qui me permet d’être mieux vue aux yeux des autres. Je tiens ma coquetterie de mon premier modèle, ma mère. Le fait qu’elle prenne soin d’elle, qu’elle sente tout le temps bon et qu’elle soit, en toutes circonstances, bien habillée et agréable à regarder me fascine. Petite, je m’adonnais à un rituel bien particulier: j’enfilais son soutien-gorge bonnet E par-dessus mes vêtements et je glissais mes petits pieds chétifs dans ses chaussures à talons dix fois trop grandes pour moi. Je m’installais confortablement sur le tabouret de sa commode en face du grand miroir. J’étais comme envoûtée par tous les produits cosmétiques qui se dressaient en cascade sous mes yeux de fouine extasiée. J’adorais m’enivrer de ses fioles de parfums. J’aimais plonger mes doigts dans ses fards à paupières. J’étais émerveillée par les textures poudrées étincelantes et les essences qui s’en dégageaient. Je m’attaquais ensuite aux rouges à lèvres  rangés par ordre de  teinte ; j’en mettais une couche de chaque sur mes lèvres et je badigeonnais méticuleusement mes paupières mobiles de fards à joue et d’ombres à paupières. Lorsque je considérais que j’avais atteint le summum du sex-appeal, je rajoutais  une couche bien épaisse de rouge à lèvre rouge sur mes arcades sourcilières. Après quoi, je restais figée, des minutes durant, à contempler mon reflet dans le miroir en souriant de toutes mes canines espacées en forme de grains de riz. Quand bien même j’étais horrible, j’étais fière de ce que je voyais. Je dressais ainsi  les prémisses d’un aspect de ma vie future. C’est ainsi que le maquillage est resté pour moi un jeu; je trouve que c’est fabuleux de pouvoir utiliser chaque infime recoin de notre visage pour y mettre des couleurs, des paillettes et du peps afin de renouveler à l’infini notre apparence et en dégager différentes facettes en fonction de notre humeur, notre tenue vestimentaire ou notre culture.

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Quant à mon corps, je l’habille comme bon me semble! Il m’appartient et j’ai la chance d’avoir la liberté totale d’en faire ce que je veux. J’ai des vergetures  mais cela ne m’empêche en aucun cas  de dévoiler mes jambes et de porter des vêtements courts. Pour la petite histoire, j’avais pris 13 kg il y a 4 ans de cela et j’étais selon les critères inflexibles de beauté, « grosse ». J’avais de gros mollets saillant et mes cuisses avaient doublé de volume mais rien de tout cela m’empêchaient d’afficher mes rondeurs. Je suis également férue de mode et j’en joue beaucoup. Notre tenue vestimentaire donne des indices sur notre personnalité. Nous avons non seulement la possibilité de transmettre un message à travers elle mais aussi  de faire un tri entre les gens qui vous jugent au premier abord en fonction de votre apparence et celles qui vont à votre rencontre sans a priori et qui valent la peine de gagner votre estime.

Enfin, c’est bien connu, quand on n’est pas super jolie, on a une super jolie  personnalité! J’ai au fil du temps appris à  la découvrir et à jouir pleinement de tous les avantages qu’elle m’offrait. Du coup, à défaut d’avoir LE physique, mon caractère extraverti et jovial  m’a souvent permis de saisir des aubaines sans trop de difficultés et d’accéder à certains privilèges. Je n’en suis pas peu fière!

Avant je pensais que j’étais belle jusqu’au jour où j’ai découvert que je l’étais à ma façon tout simplement et cela me convient parfaitement. Et puis j’ai foi en l’avenir; Souvenez-vous, avant, les sourcils épais c’était Hagrid, Mister Bean, François Fillon,  mais maintenant grâce au mannequin Cara Delvingne , les  semis mono-sourcils touffus, sont devenus un gage de coolitude suprême pour celui qui les porte. De ce fait, j’ose croire qu’un jour, qui sait, les grands fronts bombés connaîtront eux aussi leur heure de gloire. En attendant, je suis née avec ce corps et il est hors de question que je le dénigre pour embrasser le conformisme et  plaire à n’importe qui. Il est hors de question que j’ajoute le problème dérisoire du physique à tous les nombreux soucis que la vie invente déjà.

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Avant je pensais que j’étais belle, mais maintenant, je sais que j’ai de la personnalité. Quand on s’accepte tel qu’on est, c’est fou le temps précieux qu’on gagne. On ne gaspille plus  son énergie  à répondre aux détracteurs, aux aigris de la vie et aux gardiens suprêmes des valeurs qui ne valent pas un radis de plus que vous. Concentrez-vous sur le concret, le travail, la famille, les relations amicales solides, et sur  tout ce en quoi vous croyez fermement ; que ce soit en la religion, la science, l’amour, kim kardashian, concentrez-vous sur ce qui vous grandit  et ne vous laissez guère déstabiliser par des avis futiles qui altéreront votre confiance en vous et ralentiront l’aboutissement de vos projets.

Enfin, on le sait tous, la beauté est subjective. Un jour, mon mari m’a dit le plus sérieusement du monde que j’étais plus jolie que Rihanna. C’est à ce moment précis que, pour moi, cet adage a pris tout son sens.

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Sharmela

 

Friendzone: situation frustrante et embarrassante se traduisant par le désir d’avoir une relation amoureuse ou sexuelle avec une personne qui ne souhaite entretenir qu’une relation amicale
Hagrid : personnage de la saga Harry Potter
Rihanna : beauté qui vend des disques par millions
Kim Kardashian : beauté qui vend du vide par millions
OUTFITS
RAL: Velvet  grand cru de Bourgeois
Top : H&M
Jean : Mango

 

À bientôt!

 

 

 

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11 réflexions sur “Avant, je pensais que j’étais belle

  1. Coucou,
    Article très fluide 😊😊. Peu importe ce que les autres pensent. Au fond si on est bien dans notre corps c’est l’essentiel. La beauté est relative . Je te trouve superbe et les fossettes au topp. J’ai été très complexé pendant un moment avec mon front. Mais aujourd’hui je me sens au top. 😊😊😊 . 😘😘😘😘

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    • Coucou 🙂 , merci pour ton message je suis bien contente que tu te sentes mieux maintenant et que tu sois enfin à l’aise avec la personne que tu es . Je suis totalement d’accord avec toi la beauté est relative! Gros bisous !

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  2. Bibeme katuscia daisy dit :

    Kim la beauté qui vend du vide a des millions tes écris ont le fond d’une femme talentueuse ma sharmela tu es excellente ! Et tes ecris m’aide a me redonner espoir merci pour tes pensées elles ont un effect sur ma miserable peite existence tu es une voix et tu vas redonner de l’espoir a beaucoup continue ainsi poulette tu es un talent.

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    • Ton message me touche beaucoup et j’espère du fond du cœur que tout ira pour le mieux pour toi, d’ailleurs j’en suis sûre ; comme on dit, tout passe…je t’embrasse bien fort Daisy ( soit dit en passant très jolis prénoms) ❤

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