Humeurs

Larguée au ciné

Hello tout le monde, j’espère que vous allez bien et si ce n’est pas le cas vous irez forcément mieux après la lecture de cet article!

Pierre* était  le photographe de la soirée d’anniversaire d’un ami que nous avions en commun. L’ambiance tamisée des lieux et son visage occulté par son appareil photo reflex  lui conférait un caractère mystérieux. Il avait habillé en toute désinvolture son corps métisse, svelte et infiniment  élancé d’un costume noir déboutonné. Je distinguai à peine son visage. Simplement son épaisse chevelure crépue. Des échanges de regards et une conversation de la profondeur d’une flaque d’eau plus tard, nous décidâmes de nous revoir dans un café de Saint-Paul dans le Marais. C’est lui qui me fit découvrir le Mojito (gloire lui soit rendue). Il était discret, peu loquace et doté d’une certaine  fibre artistique. Il n’eut à fournir aucun effort pour me séduire. Sa nonchalance m’avait déjà conquise.

Les semaines suivantes furent rythmées par ma relation naissante avec Pierre. Plus je le côtoyais, plus j’entrais dans ma phase crétine. J’avais le sentiment que chaque infime fait et geste de sa personne était une énième déclaration d’amour informulée…

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A la fin de l’été, il me recommanda vivement d’aller voir au cinéma 500 jours ensemble  parce que c’était, selon lui, « un super film très intéressant ». Chose que je fis séance tenante. J’étais très enthousiaste à l’idée que  Pierre l’énigmatique  me déclare sa flamme au travers d’un film, dans une salle de cinéma. Cela relevait du génie. Je décidai d’y aller seule pour me délecter pleinement de ce moment crucial que je m’apprêtais à vivre. Dans le hall du cinéma, je m’achetai un paquet de pop-corn sucrés taille XL  pour atténuer les effets de l’adrénaline. Je me dirigeai à pas de course dans la salle de cinéma, puis me carrai confortablement  dans le creux du fauteuil central de la rangée centrale pour ne manquer la moindre prise de vue du film.  Je trouvai les couples autour de moi ringards au possible de croire qu’ils étaient heureux parce qu’ils venaient « en amoureux » voir une comédie romantique alors que les gens du futur comme Pierre et moi avions dépassé ce stade depuis belle lurette. Les yeux rivés sur l’écran géant, je lançai des grains de maïs soufflés dans ma bouche que je mâchouillai  goulûment  tout en me gaussant d’eux. A cet instant précis, j’étais tellement fan de ma vie que s’il fallait choisir, j’aurais voulu être moi.

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Pas pour longtemps finalement car le film commença par  l’introduction « ceci est l’histoire d’un garçon qui rencontre une fille mais d’emblée, il faut que vous le sachiez, ce n’est pas une histoire d’amour ». Cette bien curieuse précision me turlupina. Je repris mon souffle lorsque le narrateur expliqua  que Tom le personnage principal était amoureux de Summer pour diverses raisons dont sa tâche de naissance en forme de cœur. J’ai exactement la même et non sans une once de fierté, ce détail annihila tous mes doutes et me conforta dans l’idée que c’était sans équivoque un clin d’œil de ce filou folichon de Pierre.

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Summer et Tom

Par contre, l’heure qui suivit fut un véritable calvaire. L’intrigue est un ascenseur émotionnel permanent qui tient les téléspectateurs très impliqués comme moi en haleine. Tom est amoureux et s’implique pleinement dans sa relation avec Summer.  Summer, quant à elle, s’amuse, ne croit pas en l’engagement et n’a pas de sentiments pour Tom. En fait, on assiste tout au long du film au pénible déboire amoureux que vivent les deux personnages et au dénouement pas jojo de la triste affaire.

Je m’arrimai fermement  à mon paquet de Popcorn  à peine entamé jusqu’à la fin du générique. Je venais de comprendre la petite feinte subliminale de Pierre. Je passai d’héroïne romantique à piètre crotte de bique. Je me précipitai chez moi puis je m’installai à mon bureau. Subséquemment   je composai son numéro de téléphone .

-Salut, j’ai vu le film. Tu viens de me larguer?

-Je ne t’ai pas larguée puisqu’on n’a jamais été ensemble Sharmela,  souffla-t-il dans le flegme le plus irrévérencieux.

Je restai coite puis je raccrochai pendant qu’il m’expliquait placidement, points par points, sa vision de la relation. S’il y’avait une falaise à côté de moi, j’aurais plongé avec ma chaise.

Il ne m’aura pas fallut une introspection poussée pour reconnaître en toute objectivité que nous ne formions pas un couple. Notre manque d’affinités était patent et la scission du binôme latente. Au fond, c’est la combinaison de toutes ces péripéties gaguesques qui  nous mènent à notre meilleure moitié. Et lorsqu’on la  compare aux quidams du passé, est bienheureux celui ou celle qui s’offre la place de ciné de la félicité.

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Le prénom  a été modifié .

T-shirt : Mango

A bientôt♥

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2 réflexions sur “Larguée au ciné

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