Humeurs

Et si on arrêtait de diaboliser la vieillesse chez la femme?

La dernière fois que j’ai donné mon âge dans une conversation, j’étais loin d’imaginer la réaction explosive de mon interlocuteur.

Je l’ai rencontré dans le cadre d’un projet et nous n’avions d’autres choix que de faire connaissance. Au vu de mon parcours universitaire et professionnel, il en déduisit que je n’étais pas aussi jeune qu’il le croyait. Je lui dis que j’avais 26 ans bientôt 27 et la scène qui suivit  fut monumentale.  Soudainement saisi par un sentiment d’effroi, il écarquilla ses yeux, fronça net ses sourcils, dévoila ses incisives puis poussa un cri perçant d’épouvante. « Hââaaaâaa tu es vielle en faiiiiit ». Fin de citation. L’écho de ce bêlement  sorti des tripes  de son auteur raisonna à l’infini dans les méandres de mon appareil auditif. Son attitude ne me choqua pas vraiment puisque comme la plupart des femmes, j’ai l’habitude de ce genre d’observations transcendantes.

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Au moyen âge, les filles sont considérées comme vielles à partir de 28 ans, tandis que les garçons sont dans la folie fringante de la jeunesse jusqu’à 50 ans. Au XXI e siècle, c’est encore le cas. Les femmes sont catégorisées «vielles» avec une once de mépris dès qu’elles ne sont plus à l’aube de la vingtaine. Ainsi, depuis notre plus jeune âge, nous sommes conditionnées pour nous construire à travers le prisme d’un idéal de beauté défini par les hommes et cultivé dans les intrigues des contes de notre enfance, dans les dessins animés, les films et la plupart des moyens de diffusion de masse. Et puis un jour, dès que nous devenons des vingtenaires révolues, arrive le fameux moment où tout le monde nous assène des deux questions récurrentes et fatidiques, j’ai nommées: «toujours pas mariée?» et son homologue «toujours pas d’enfants?». Les personnes de notre entourage immédiat ou non,  galvanisées par un sentiment irréfragable de bienveillance  nous assènent de réflexions gauches  et s’octroient le droit de s’immiscer dans notre vie privée  comme si elles étaient les garants de notre date de péremption. Si l’on en croit le haut dogme sociétal,  notre destin de femme ascendant boîte de conserve se résume uniquement à être la mère de, l’épouse de, à disparaître sous un tas de chaussettes sales dans la buanderie pendant notre congé maternité et à laisser la place aux filles plus jeunes,  plus désirables et plus vertueuses pour reproduire à l’infini ce beau cercle vicieux.

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Pour perpétuer notre chère tradition de la détestation de la vieillesse, nos habitudes langagières ont été adaptées en ce sens. Il est par conséquent plus flatteur de dire «mademoiselle»  à une dame pour ne surtout pas froisser son fragile ego et dans la même veine, il est vivement conseillé d’utiliser moult euphémismes pour qualifier une vielle femme. On a des termes totalement affligeants et insultants pour désigner une femme plus âgée que son conjoint mais il en existe aucun pour la gente masculine. Dans la catégorie fuyez la vieillesse comme le rat d’égout le plus proche, on trouve les spots publicitaires. Combien de mâles voyez-vous dans les publicités pour colorations ou crèmes anti-ride? Pour cause, les cheveux grisonnants et les rides d’un homme sont synonymes de maturité, de vécu, de quelques fêlures domptées et de sex-appeal comme on peut le voir dans le milieu du cinéma. Pour les femmes par contre, c‘est deux salles, deux ambiances. Elles ont de grandes chances d’être éjectées des feux des projecteurs par les balais mécaniques du tapis rouge dès qu’elles auront des rides suffisamment marquées pour être visibles sur un plan rapproché poitrine…

 

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La posture tour de Pise exécutée au degré d’inclinaison près

Le matraquage anti-vieillesse engendre par conséquent une forme de psychose chez la jeune femme si bien que, certaines se retrouvent en perpétuel état de stress  parce qu’elles ne sont pas encore casées ou mariées et que le mastodonte sablier des conventions gravitent au-dessus de leur cabosse. A l’approche de la trentaine, elles redoutent mordicus la prochaine bougie comme si c’était un grand malheur. Pour ne rien arranger, les réflexions sur leur âge et leur physique enfoncent le clou et c’est la croix et la bannière pour s’assumer. C’est le naufrage quand on aperçoit dans le miroir la première ridule. On part à l’abordage contre les seins qui tombent. On est obnubilées par ce besoin irrépressible de repousser de plus en plus loin les signes de l’âge. On veut raboter notre bidon vergéturé pourtant on roucoule à la vue d’une bedaine masculine.  Les réseaux sociaux promeuvent cette soif de l’aseptisé, du lisse et du jeune grâce à la myriade de filtres et d’applications à notre disposition pour gommer la moindre imperfection de notre faciès. Mieux vaut ressembler à un bosquet animé plutôt qu’à un être humain singulier.  On est dans une espèce de course relais haletante dans laquelle chacun se passe le témoin des diktats annihilants.  En gros tout le monde sait que c’est nul, mais ça continue.

 

 

Il est plus que temps d’arrêter de cataloguer, juger et jauger systématiquement les femmes. Les moqueries et les blagues ineptes sur leur âge sont à bannir de nos habitudes. Dès lors, ce nombre ne sera plus un tabou dont la simple évocation de celui-ci enclencherait le désagrègement de notre valeur sociale. Il serait tant aussi d’élargir les possibilités et d’écarter du paysage audiovisuel les  scénarios stéréotypés comme celui de la femme de la quarantaine qui vante l’efficacité d’un produit à vitre ou de la fille de 20 ans qui  vend l’élasticité d’un bikini.

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Cette sacralisation de la jeunesse est vaine car  d’une part, tôt ou tard, substance botulique ou pas, la ride du lion vaincra et scindera  votre front en deux et d’autres part, il y ‘aura toujours plus jeunes!  Pour le reste, cela dépend de vous, de votre état d’esprit, de votre  capacité à ignorer les oukases et les jugements de valeurs désuets qui enferment les femmes dans des cases en fonction de leur âge. Vieillir, c’est accepter qu’on ne tentera plus aux soirées ce fameux grand écart approximatif qui était notre signature mais c’est surtout savoir lâcher du lest.

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On est un peu troublé lorsqu’on retombe de façon complètement fortuite sur une photo de nous de l’époque dans la maison familiale ou sur la toile (merci Facebook). Subséquemment, s’en suivent trois réflexes: rire, l’assumer ou la fuir à grandes enjambées. Si nous trouvons gênant ce double au style vestimentaire douteux, c’est parce qu’on sait tous que vieillir, au fond, c’est mieux.

 

 

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Jupe pour l’amour de la paillette : Zara

T-shirt: à ton avis Einstein?

Chaussure  Je N’ai Pas De Personnalité : Stan Smith Gold

Bracelet: On le voit mieux ==> ici

 

A bientôt 🙂 !

 

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